11.09.2009

De l'art de mener campagne

Deux objets soumis au vote le 27 septembre prochain - initiatives dites des stades ou Métamorphose (scrutin lausannois) et Police unique (scrutin vaudois) - sont ces jours-ci au centre de la polémique. Plutôt que de se diriger sur le fond des débats, c'est-à-dire les projets urbanistes lausannois respectivement la sécurité publique dans le canton, les initiants et opposants s'achoppent âprement sur la forme: droit de parole, prospectus et arguments contestés, etc.

Alors que les deux scrutins sont très différents, il est piquant de constater que les deux font simultanément l'objet de la même polémique. Je ne m'arrêterais pas ici longuement sur la campagne de la Police unique, si ce n'est pour relever qu'entre le financement de la campagne par les communes (qui a fait l'objet d'un recours des initiants) et le devoir de réserve des policiers et gendarmes (interpellations sur ce thème déposé au Grand Conseil), la campagne a pris un tournant tel que la Conseillère d'Etat en charge du dossier s'est sentie contrainte d'appeler à la retenue (voir le 24 heures de ce jour).

Dans le cas de la campagne Métamorphose - dans laquelle je suis impliqué en tant que membre du Comité de soutien à l'initiative - la polémique a enflé autour du flyer des initiants et l'utilisation d'un logo proche de celui de la Ville (officiellement inutilisable dans le cadre d'un scrutin communal). De manière générale, les arguments déployés des deux côtés sont voués aux gémonies par le camp opposé, les partisans du "oui" et du "non" s'accusant mutuellement d'intoxiquer la campagne. Après que les initiants ont boycotté le débat organisé par 24 heures (accusé d'avoir rallié - sans l'avouer - les opposants à l'initiative), c'est au tour des principaux partis politiques, partisans du non, de fustiger la qualité de la campagne des initiants (voir le 24 heures de ce jour également, intéressante coîncidence). 

Le décor étant posé, je me risque à quelques réflexions:

1. En premier lieu, rien ne justifie que des campagnes politiques évoluent sur le terrain de l'attaque personnelle et de la diffamation. De telles attitude outrepassent ce qui est acceptable dans la vie politique (comme dans la vie "civile") et sont donc objectivement condamnables - moralement, voir pénalement. Même si cela paraît une évidence, il ne coûte rien de le rappeler avec force. Si cela devait être une évolution profonde de la vie politique en Suisse ou dans le canton, cela appelerait une réaction claire de l'ensemble des forces politiques pour dénoncer cette dérive.

2. De même, lorsque des règles de comportement sont fixées (par la Constitution, la loi ou p.ex. le code de conduite négocié entre les parties dans le cas de la campagne sur la Police unique), il convient de les respecter.

3. La question de l'argument faux ou trompeur est par contre plus difficile à trancher. La politique étant précisémment le lieu de l'échange d'idée et de l'art du possible et de l'impossible (notions hautement indéfinissables!), une appréciation objective des arguments des uns et des autres est délicate. A ce titre, c'est davantage la bonne foi et l'honnêteté intellectuelle des parties qui doit prévaloir, ou à défaut au citoyen de sanctionner dans les urnes celui qui aura, à ses yeux, fait preuve d'excès dans sa campagne.

4. Au risque d'être moi-même partie prenante dans la polémique, mais pour démontrer mon approche du point 3 ci-dessus, j'aimerais relever que si les initiants ont certainement commis des maladresses, la Municipalité et les opposants à l'initiative ne sont pas "tout blanc" dans la campagne actuelle sur Métamorphose. Voici quelques éléments que l'on peut relever:

- Le texte de présentation du scrutin dans la brochure de vote - censé être sobre et objectif - est à mon avis à la limite de l'acceptable en la matière, avec des tournures telles que toute atteinte au projet municipal ne peut apparaître que comme un acte irresponsable. Si on ajoute que les opposants ont "leur" page standard pour la présentation de leurs arguments, cela crée un déséquilibre important avec les initiants.

- On ne voit pas très bien ce que l'affiche des opposants, représentant un enfant et son père en train de construire une tour avec des plots, a à voir avec la conservation au Nord de la ville d'installations sportives... C'est sans doute plus apaisant que le photomontage des initiants, mais certainement pas plus pertinent.

- Il existe un reproche latent sur l'utilisation par les partisants des installations sportives au Nord de l'outil "initiative" plutôt que "referendum". C'est doublement mal-venu. D'abord, on est tout-à-fait dans la polémique formelle que les opposants dénoncent avec force, mais qu'ils entretiennent ici de manière diffuse. De plus, l'arme de l'initiative laisse beaucoup plus de portes ouvertes pour l'avenir que celle du referendum. En d'autre terme, elle laisse la possibilité d'une réforme profonde du projet Métamorphose. A l'inverse, imaginons un referendum "ciblé" sur la sauvegarde de la Pontaise alors que d'autres éléments du projet, tablant sur la destruction de celui-ci, auraient avancé (préavis, etc.): nous serions dans une situation de blocage beaucoup plus grave.

- Enfin et surtout, les opposants confondent un vote sectoriel (le maintien des installations sportives au Nord avec une préférence pour la sauvegarde de la Pontaise) avec un plébiscite concernant un projet plus vaste, laissant clairement entendre que l'acceptation de l'initiative signifie la fin du développement de la ville. Or, le projet Métamorphose sera, quoiqu'il arrive, encore sujet à de nombreuses modifications. En ce sens, la question de l'emplacement du stade n'est pas plus "sacrilège" qu'une autre. De plus, le Conseil communal, toutes formations confondues, a à plusieurs reprises confirmé son intention de densifier la ville, de lui donner une teinte écologique plus forte et de mettre à niveau les installations sportives. Il ne fait pas de doute que l'abandon du projet du stade des Prés-de-Vidy donnera naissance à de nouvelles idées, à de nouvelles démarches qui seront tout autant porteuses du développement urbanistique de Lausanne.

Ces quelques lignes n'ont pas pour but de jeter de l'essence sur une polémique déjà ardente, mais de montrer qu'il appartient à chacun de ramasser les pierres dans son propre jardin!

Et je finirai par un rappel "neutre" et "citoyen" capital dans le cadre de cette campagne: que chacun soit au clair avec la signification de son vote:

Si vous votez OUI, vous soutenez ceux qui veulent les installations sportives au Nord de la Ville ("sauvetage de la Pontaise: OUI")

Si vous votez NON, vous soutenez la construction du stade de football aux Prés-de-Vidy ("sauvetage de la Pontaise: NON")

Merci de votre lecture et de vos éventuels commentaires!

 

19.08.2009

Oui à l'initiative des stades

Le 27 septembre prochain, les Lausannois seront appelés à se prononcer sur l’initiative demandant le maintien des stades de football et d’athlétisme au nord de la ville. Derrière cette question apparemment simple se cache en réalité un choix urbanistique majeur pour Lausanne : quelle « métamorphose » voulons-nous ?

 

Sur le fond, on ne peut qu’approuver les objectifs de la Municipalité: doter la ville d’installations sportives dignes de son rang de capitale olympique, développer le logement selon des critères écologiques et améliorer la qualité de vie à Lausanne. Cependant, on peut émettre les plus grands doutes sur les choix qu’elle a privilégié pour y parvenir. Prenons l’exemple du stade de la Pontaise : ne serait-il pas plus conforme au développement durable de rénover un stade – qui plus est doté d’une véritable valeur patrimoniale – plutôt que d’en bâtir un nouveau à quelques encablures du lac ? De même, ne serait-il pas plus judicieux de privilégier la requalification de certaines zones d’habitation plutôt que de construire un écoquartier « modèle » dont les expériences faites à l’étranger montrent qu’il risque de se transformer en ghetto ?

 

Faute d’avoir entrepris une démarche participative digne de ce nom – et quand bien même cela faisait partie des buts du projet – la Municipalité n’a pas laissé aux Lausannois l’opportunité de se prononcer sur ces questions fondamentales. C’est particulièrement décevant pour les habitants des quartiers Nord et Sud, dont l’environnement devraient considérablement se modifier si Métamorphose se réalise. La tardive et maladroite réaction de l’exécutif (proposition d’un stade de substitution à la Tuilière) ne saurait faire oublier son incapacité à créer l’échange avec ses concitoyens dès le début.

 

De son côté, le comité d’initiative ne s’est pas contenté de dire « niet »  à Métamorphose. Il a développé, avec l’aide d’urbanistes, un projet* qui offre des pistes de réflexions alternatives, comme la requalification écologique de quartiers existants, une densification équilibrée au Nord entre zones de loisirs, d’activités et de logement, l’établissement d’un vrai parc public sur le plateau de la Pontaise, etc. Si l’initiative est acceptée dans les urnes, un vrai débat pourra s’ouvrir sur ces propositions. Les Lausannois deviendront alors (enfin !) des acteurs reconnus du développement de leur ville.

 

(Publié le 25 juin dans Lausanne-Cités mais plus que jamais d'actualité...)

 

www.pontaiseavenir.ch