07.06.2010
Fin de règne
La nouvelle secoue le landerneau politique lausannois: le municipal socialiste Jean-Christophe Bourquin renvoyé par son propre parti!! Au delà du choc - on ne peut pas dire qu'il s'agisse d'un événement banal - ce renvoi sec et sonnant résonne comme un écho au climat politique actuel à Lausanne, que l'on pourrait résumer en ces mots: triple fin de règne.
Fin de règne d'un homme, donc, bien qu'il soit difficile d'évoquer ici la figure d'un "roi". Effectivement, Jean-Christophe Bourquin a commis beaucoup d'erreurs et de maladresse durant ses quatre années de Municipalité. Parmi les plus retentissantes, citons bien sûr l'échec du local d'injection devant le peuple, ou le refus par le Conseil communal (pourtant dominé par la gauche!) de son projet de regroupement du service social. Volontiers donneur de leçon - ou apparaissant comme tel - et pas forcément bien entouré, le Municipal n'a pas donné le sentiment d'être à la hauteur du poste. Et pour avoir été parmi ses détracteurs sur la politique de la drogue à Lausanne, je n'ai pas de raisons particulières de prendre sa défense. Cela étant dit, il est réducteur de le faire apparaître comme l'unique "maillon faible" de la Municipalité, ou comme une "erreur de casting" crasse. Surtout, il est sidérant de penser que les socialistes ont milité pour son élection (à deux reprises!) pour l'éjecter ensuite après une législature. Comment peut-on se tromper pareillement sur un homme qui siège pourtant depuis plusieurs années dans un comité directeur - celui-là même qui lui a signifié son congé?
Ce qui nous amène à un 2e constat de fin de règne, celui de la gauche omnipotente et du PS triomphant. Oh, bien sûr, je ne prétends pas que les socialistes vont perdre leur statut de n°1 en 2011, ou que la Ville va basculer à droite! Mais il faut bien constater que la majorité, toujours pilotée par le PS - malgré l'imposant Brélaz - souffre de sérieux ratés. Entre une Silvia Zamora en "roue libre" et qui ne se gêne pas de dire ce qu'elle pense (par exemple sur l'impôt sur le divertissement), un Oscar Tosato qui soigne son côté rebelle et flirte avec l'extrême-gauche au risque de fâcher le PSV, et donc un Jean-Christophe Bourquin complètement lâché, les élus socialistes à la Municipalité présentent un visage et un bilan pour le moins mitigé... De plus, les alliés écologistes et d'extrême-gauche jouent de plus en plus de leur indépendance, pour les premiers en travaillant à des solutions avec le centre-droite (postulat commun sur la mendicité), pour les seconds en s'alliant à... l'UDC (si, si, vous avez bien lu!) via une motion commune sur le port d'armes en ville. L'événement du jour a donc au moins le mérite de montrer au grand jour la situation réelle d'une majorité qui part en vrille et surtout d'un parti socialiste qui semble en peine de contrôler la situation, au point de se débarasser brutalement de l'un de ses élus.
3e constat de fin de règne, mais pas le moindre et surtout le plus inquiétant: celui d'un climat politique serein et respectueux, permettant aux élus de travailler dans le sens du bien commun (ce qui est le sens même de notre serment) et au service de la population. Ces derniers mois (pour ne pas dire l'entier de la législature) ont été marqué par une ambiance lourde au conseil communal, propice aux interventions belliqueuses, souvent hors sujet ou redondantes, qui ne servent qu'à occuper l'espace médiatique. Ce cercle vicieux de l'escalade verbale et idéologique - que tout un chacun peut constater en regardant, s'il en a le courage, le plenum sur son petit écran - finit par prendre en otage l'ordre du jour du Conseil et dicter la musique à des débats qui auraient pu être intéressants en d'autres temps, avec d'autres moyens (ah, avant les caméras!) et surtout un autre respect de la chose publique et du partenaire politique. Finalement, à y regarder de près, la mésaventure de Bourquin est parfaitement représentative de ce climat de coupe-gorge. Et dire que c'est l'insécurité qui va dominer la campagne, quelle ironie!
Est-ce vraiment ainsi que l'on fera avancer la Ville? Les Lausannois méritent mieux que ces tristes péripéties.
22:35 Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : bourquin, municipalité, parti socialiste

